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Le blé atteint des prix jamais vus

jeudi 4 octobre 2007

De nombreux pays producteurs ont été frappés par des perturbations climatiques, qui ont mis en péril les récoltes. Les prix des aliments de base flambent

Le prix du blé s’est envolé vendredi à un record historique absolu, sa récolte étant malmenée par les bouleversements météorologiques, rendant plus chers des aliments de base comme le pain et les pâtes.

Vendredi, le boisseau de blé (environ 27 kilos) pour livraison en septembre a terminé sur le marché des matières premières de Chicago à 7,2575 dollars, marquant son troisième record de clôture consécutif. Les derniers pics historiques du blé, pour un contrat à échéance rapprochée, remontaient à mai 1996 et auparavant à 1973.

La récente crise financière liée aux difficultés de l’immobilier américain a plombé la plupart des matières premières, car les investisseurs cherchaient à récupérer des liquidités et se hâtaient de vendre. Mais le blé, céréale alimentaire de premier ordre, n’a quasiment pas cessé de grimper, coincé entre une demande vivace et une offre réduite.

De nombreux pays producteurs ont été frappés par des perturbations climatiques, qui ont mis en péril les récoltes. "Une production moindre est attendue en Europe, à cause des fortes précipitations, voire des inondations, en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne", énumère Bill Nelson, analyste d’AG Edwards. L’excès de pluie à la fin du cycle de culture a retardé les récoltes et a réduit la qualité du blé, menacé de pourrir sur pied. "Aux Etats-Unis, la situation a été similaire fin juin et en juillet en Oklahoma et au Texas", poursuit M. Nelson.

A l’inverse, les cultures de Russie, et surtout d’Ukraine, ont souffert de la sècheresse. Ce qui s’annonce être aussi le cas pour le Canada, actuellement en pleine moisson : le pays s’attend à une production de près de 20% inférieure par rapport à 2006, à la suite d’une période de sècheresse en juillet. Pour la récolte mondiale, le Conseil international des céréales (CIC) a abaissé de 7 millions de tonnes ses attentes, à 607 millions de tonnes.

"Les seules exceptions sont la Chine et l’Inde, qui ont eu des récoltes plus importantes cette année, mais comme elles avaient eu des problèmes de production l’année dernière, elles continuent d’importer", souligne M. Nelson.

Et les prix élevés n’ont pas réduit la demande pour cette céréale utilisée dans des produits alimentaires de base, comme le pain, les pâtes et la semoule, qui par ricochet sont plus chers également. En juin, le prix du pain a grimpé de 8,6% aux Etats-Unis, note M. Nelson.

"La farine est devenue très chère et c’est une part très importante de la fabrication du pain, puisque les ingrédients représentent environ 30% des coûts", indique Nicholas Pyle, président de l’association des boulangers indépendants aux Etats-Unis. En France, le prix de la baguette devrait aussi raugmenter en septembre.

De son côté, le géant américain des céréales pour le petit-déjeuner, Kellogg, a, en juillet, relevé de plus d’un tiers l’impact prévu sur ses résultats du coût des matières premières et de l’énergie. Entre 25% et 40% de cet impact supplémentaire était dû au blé. Hormis peut-être pour l’alimentation animale, qui ne représente qu’environ un sixième de son utilisation selon M. Nelson, le blé est difficilement substituable. "Il est principalement utilisé pour la consommation humaine et chacun veut acheter du pain, même si les prix augmentent", affirme-t-il.

"Il n’y a pas beaucoup d’autres choix, mais, à un certain point, on devrait assister à un rationnement économique", explique Joe Victor, analyste d’Allendale. Il note, par exemple, que le Japon a fortement réduit ses achats la semaine dernière.

Le répit sur le marché du blé pourrait venir de l’hémisphère sud. Mais tandis que la graine est en pleine croissance, la sécheresse frappe les zones de culture d’Australie et d’Argentine. "Le prix du blé restera élevé jusqu’à ce que les opérateurs aient une meilleure idée de ce que vont donner les récoltes australienne et argentine", en octobre, au début des moissons, prédit M. Nelson. (Avec AFP)


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