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Interview : Le directeur des céréaliers de France

mardi 18 novembre 2008

Hervé Le Stum est directeur de l’association générale des producteurs de blé et autres céréales en France (AGPB). Il a donné une conférence dans le cadre de l’assemblée de la Fédération suisse des producteurs de céréales (FSPC) à Chiètres.
Propos recueillis par christian Pidoux pour le magazine Agri.
Article publié dans le numéro 46 daté de novembre 2008

De quels instruments disposent les agriculteurs français sur le marché des céréales, notamment lors de la fixation des prix ?
L’instrument principal n’est pas français, il est européen. C’est un prix minimal d’intervention obligeant, lorsque le prix des céréales tombe trop bas, l’UE à acheter les céréa-les aux paysans. Actuellement, ce prix d’intervention est de 101 euros la tonne pour le blé. Il est très bas et ne couvre pas les frais de production. C’est toutefois un filet de sécurité pour le maintien duquel nous nous battons.
La politique agricole commune (PAC) aimerait l’abolir. Au-delà de cet instrument, le marché européen dispose d’une protection à la frontière avec une taxe variable fixant à environ 150 euros la tonne le prix du blé aux frontières de l’UE. Il existe néanmoins des contingents tarifaires d’importation à des prix plus faibles.

Dans la filière française des céréales, comment décririez-vous le rapport de force entre les producteurs, le commerce et la transformation ?
Les producteurs ne traitent jamais en direct avec les acheteurs utilisateurs. L’essentiel de la production passe par les coopératives agricoles. De manière générale, c’est à l’avantage des producteurs mais ces dix-huit derniers mois la volatilité du marché des céréales rend la commercialisation extrêmement difficile.
Entre les récoltes et la vente, les prix fluctuent vers le haut ou vers le bas d’un facteur trois. Le système de commercialisation devra être revu, il me semble que les coopératives devront adopter un système de vente à terme pour faire front à la volatilité.

Quels rôles jouent l’Etat français et l’Union européenne sur le marché des céréales ?
L’état français joue un rôle secondaire ; les décisions ne sont plus parisiennes, elles sont bruxelloises. La marge de manœuvre française sur le marché des céréales existe dans le domaine des agrocarburants où les politiques sont encore définies à l’échelon national avec des dérogations de l’UE. Paris dispose aussi d’une marge de manœuvre dans l’application des règles environnementales, par exemple pour la limitation de l’utilisation des produits phytosanitaires.
Les organisations agricoles disposent-elles de la force obligatoire ?
Sur le marché, les producteurs ne disposent d’aucune force obligatoire. Par contre, l’interprofession utilise de tels instruments. Au sein de l’interprofession des céréales, nous pouvons décider des critères techniques tels choix variétaux, conditions de prise en charge et financement de la recherche agronomique au travers de l’Institut du végétal Arvalis.
Pour cela, les différents acteurs de l’interprofession participent au concept bien français de la « cotisation volontaire obligatoire » dont chacun est obligé de s’acquitter.
C’est un bon instrument pour l’efficacité des interprofessions.

Quelles sont les principales revendications de l’AGPB en ce qui concerne le fonctionnement du marché des céréales ?
Dans le cadre du bilan de santé de la PAC, nous exigeons le maintien du principe du prix d’intervention tout comme nous nous battons pour maintenir les mesures protectionnistes à la frontière de l’UE. Enfin, nous luttons contre les contraintes environnementales excessives.

Quel pourcentage des céréales françaises est-il exporté ?
La production céréalière totale de l’hexagone est de 60 millions de tonnes, dont 25 millions de tonnes sont exportées soit sur l’UE soit en dehors de celle-ci, le reste alimentant le marché national français.

Quelles sont les principales contraintes liées à l’exportation et comment fonctionne ce marché en bref ?
Le prix à l’exportation hors UE est fixé par le prix du marché là où nos céréales, en particulier les panifiables, sont le plus concurrentielles. Pour nous, ce sont les pays du Maghreb. Le prix à Casablanca est la référence.
C’est dans cette région du globe que nous sommes le plus concurrentiels par rapport aux céréales d’Argentine par exemple, car nous sommes relativement proches, les frais de transport sont faibles et la qualité exigée sur ce marché correspond bien à ce que nous produisons. C’est donc le prix sur le marché de Casablanca qui définit par cascade le prix départ ferme en France.

Comment se porte selon vous le secteur céréalier en France ?
Il a failli bien se porter en 2007, mais aujourd’hui les prix ont chuté alors que les coûts de production ont augmenté de plus de 20 euros la tonne.
Cette chute des prix est due à la libéralisation des politiques agricoles des pays du Nord. La demande de céréales est rigide alors que l’offre va- rie fortement d’une saison à l’autre.
Pour éviter une trop grande fluctuation des marchés, les pays du Nord s’étaient dotés d’un système de régulation des marchés très efficace par le stockage. Le démantèlement de ce système engendre une extrême volatilité des prix ne profitant à personne, même pas aux consommateurs.
De plus, cette volatilité est renforcée par la spéculation : lorsque le prix des céréales augmente, les financiers achètent, lorsqu’il baisse, ou en cas de crise financière comme actuellement, ils vendent pour résoudre leurs problèmes de liquidités. Ces phénomènes accentuent encore la volatilité des prix.

Quelles sont vos visions pour le marché des céréales ?
La volatilité des marchés est désormais une certitude avec laquelle il faudra apprendre à travailler. Les limites qu’affiche actuellement le système capitalisme induisent une réflexion dans le monde politique et commercial. Malgré ces réflexions, pour l’instant, aucun changement ne se dessine à l’horizon.
Ceux qui appellent à plus de régulation sur les marchés ne sont pas entendus, personne n’a vraiment d’autre solution à proposer que le modèle capitaliste et la libéralisation des marchés. Les échecs du modèle socialiste font que l’on se méfie comme de la peste de toute tentative de régulation.
Quelle est votre appréciation du marché des céréales helvétique ?
Battez-vous jusqu’à votre dernier souffle pour ne pas signer d’accord de libre-échange avec l’Union européenne !

Propos recueillis par christian Pidoux


Voir en ligne : Agrihebdo